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Grand Est

Dix millions d’oubliés des nouvelles technologies

jeudi 5 janvier 2017 par Ameline Bunle / Directrice APDGE

Plus de dix millions de Français n’ont pas d’ordinateur chez eux, autant n’ont pas d’accès à Internet, selon les données 2016 du Crédoc 1. 4,5 millions n’ont pas de téléphone mobile et 28 millions n’utilisent jamais les « réseaux sociaux ». La « fracture numérique » se réduit, mais un grand nombre de Français demeurent à l’écart des nouvelles technologies.

L’âge est le clivage le plus net. 46 % des 70 ans et plus n’ont pas d’ordinateur, 44 % ne surfent pas sur Internet, un quart ne dispose pas de téléphone mobile, seul un sur cinq a une tablette et 12 % se connectent aux réseaux sociaux. Les générations les plus anciennes sont moins qualifiées et n’ont pas été formées aux nouvelles technologies. Au fil du temps cet effet devrait s’estomper avec l’arrivée de générations connectées à un âge élevé. Pour l’instant une grande partie des personnes âgées sont très éloignées de ce nouvel univers ; faute de le comprendre, mais aussi faute d’en avoir un réel besoin.

Le second critère est celui du diplôme. 47 % des non-diplômés n’ont pas d’ordinateur et 43 % d’accès à Internet, 78 % n’ont pas de tablette, 66 % pas de smartphone et 23 % pas de téléphone portable. La manipulation de ces nouveaux outils demande des compétences dont une partie de la population ne dispose pas. Mais l’interprétation de ces données est complexe car un facteur interfère : l’âge. Les plus âgés sont moins souvent diplômés : pour partie, si ces non-diplômés ne sont pas connectés, c’est moins du fait de leur diplôme que de leur âge. Les moins diplômés des jeunes générations utilisent par exemple très largement le téléphone mobile : c’est davantage l’usage que l’accès qui sépare les moins qualifiés des autres.

Le critère du niveau de vie joue beaucoup moins. L’écart en matière d’équipement entre les bas revenus et la moyenne s’est réduit, du fait de la baisse des prix. 25 % des bas revenus (70 % du niveau de vie médian) n’ont pas accès à Internet, un peu plus n’ont pas d’ordinateur, 10 % de téléphone mobile. La part de ceux qui ne participent pas aux réseaux sociaux parmi les bas revenus (40 %) est même inférieure à la moyenne (44 %). Un phénomène qui doit être interprété avec prudence : les jeunes sont plus souvent connectés mais ils disposent de revenus plus faibles que la moyenne. Ces bas revenus utilisent les nouvelles technologies parce qu’ils sont en moyenne plus jeunes : c’est l’effet d’âge qui influence les résultats. Mais l’effet prix continue à jouer, pour des populations moins visibles, notamment si l’on observe le détail selon le type d’équipement ou d’abonnement. Le smartphone dernier cri avec son abonnement Internet illimité n’est accessible qu’à une minorité.

Ces données qui portent sur l’ensemble de la population masquent la situation des catégories les plus en difficulté. Une étude de l’association Emmaüs-Connect 2, indique qu’un tiers des usagers de ses services ne peut se connecter faute d’équipement, 30 % faute d’une assez grande maîtrise de l’écriture et de la lecture, 38 % par crainte ou ignorance. Au total, plus du tiers n’utilise jamais Internet, 78 % n’ont pas d’accès privé et personnel. « Pour certaines personnes interrogées, Internet demeure un luxe », écrivent les auteurs.

La fracture numérique se situe de plus en plus du côté de l’usage, difficile aussi à mesurer à partir de données trop générales. Seuls 30 % des sans-diplôme effectuent des démarches administratives en ligne, contre 87 % des diplômés de l’enseignement supérieur. Une seconde étude, réalisée par Emmaüs Connect à l’été 2014, sur les pratiques numériques des jeunes en insertion professionnelle 3 montre l’étendue des difficultés qu’ils peuvent rencontrer : « Etre un jeune adulte à l’ère d’Internet et du smartphone ne signifie en rien être en mesure d’utiliser à bon escient ces outils dans un parcours d’insertion professionnelle, même si ces jeunes sont davantage habitués à un environnement technologique que leurs aînés. », analyse son auteur Yves-Marie Davenel. De quoi remettre en cause une lecture trop générationnelle : « une vision stéréotypée de la jeune génération grève la nécessité de prendre en compte l’importance des compétences bureautiques et numériques réelles des jeunes et de les évaluer à l’aune de leur insertion ». Les plus âgés accèdent bien moins souvent aux nouvelles technologies, mais les jeunes qui n’arrivent pas à y accéder peuvent se retrouver en beaucoup plus grande difficulté.

Les déconnectés du numérique restent nombreux. Au fil de la diffusion des nouvelles technologies, la situation de ceux qui restent en marge du mouvement devient de plus en plus difficile. Pour beaucoup d’entre eux, la référence permanente à Internet ou aux réseaux sociaux dans les médias, comme s’il allait de soi qu’on y participe, constitue au mieux un sujet d’étonnement, au pire une violence symbolique qui vous place comme un citoyen de second rang. Cette violence n’est plus uniquement symbolique quand certaines démarches (administratives notamment) deviennent impossibles ou problématiques pour les non-connectés.

Etre déconnecté ? Demain, un privilège ? Si les déconnectés sont nombreux, combien sont les « sur-connectés », technologiquement dépendants ? L’accès aux nouvelles technologies constitue un progrès immense, encore faut-il mesurer ses limites. Une partie des plus âgés en demeurent éloignés parce qu’ils n’ont pas grand-chose à faire de l’agitation de Facebook ou Twitter, notamment. Les « amis » des réseaux sont pour la plupart factices, les « vues » ou les « j’aime » le produit de clics sans grande conséquence et qui ne mesurent pas grand-chose. L’intégration à ces réseaux impose de céder un très grand nombre d’informations sur sa situation et son comportement au quotidien : de vendre une partie de sa liberté. Une partie des connectés a accès à un champ immense d’informations sans en faire grand-chose et communique dans des réseaux considérables mais superficiels. Il n’est pas simple de faire la part des choses entre l’intérêt de l’usage et les risques. Il est aussi possible qu’il advienne aux réseaux sociaux ce qui est arrivé à la télévision. Autrefois signe de distinction, son rôle s’est inversé et les catégories diplômées cherchent à s’en éloigner. Après une ruée sur ces nouveautés, le temps du reflux viendra-t-il ? On peut déjà relever, par exemple, que la part d’utilisateurs des réseaux sociaux est plus élevée chez les employés (72 %) que chez les cadres supérieurs (63 %).

Plus d’infohttp://www.observationsociete.fr/

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