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Grand Est

Clap de fin pour le projet de Formation d’ambassadeurs du numérique (FAN)

jeudi 31 octobre par Laure Digonnet / Directrice du Pôle Développement Extérieur Grand-Est

De gauche à droite : Anne-Catherine Klarer, Sandrine Ferster et Charles Thomassin

De novembre 2018 à juin 2019, le centre Inria Nancy – Grand Est a coordonné, avec l’association Les Petits Débrouillards, le projet FAN (Formation d’ambassadeurs au numérique). L’objectif : former des relais territoriaux pour initier les jeunes et moins jeunes à la pensée informatique. La modalité de formation proposée, comprenant cinq modules thématiques en ligne associés à des journées de rencontres thématiques, était encore inédite en France. Pour Inria, formateurs et participants font leur retour d’expérience.

Laure Digonnet, directrice du pôle développement au sein de l’association Les Petits Débrouillards Grand Est, membre de son groupe de pilotage national sur les enjeux de l’éducation au numérique et l’une des deux coordinatrices du projet, l’exprime parfaitement : « Pour être en capacité de faire des choix éclairés, d’être des citoyens actifs, il est important de comprendre le monde qui nous entoure. » Et dans celui-ci, « les outils numériques sont au cœur de nos vies personnelles autant que professionnelles »,avec des enjeux sociétaux colossaux, « qui touchent à un nombre invraisemblable de domaines de notre vie. » D’où l’importance de « former les éducateurs à [la transmission de] la pensée informatique », renchérit Marie Duflot-Kremer, enseignante chercheuse à l’Université de Lorraine, et chercheuse au sein de l’équipe Mosel-Veridis, commune à Inria et au Loria. Et Marie est une convaincue de la première heure, puisqu’elle développe régulièrement des activités de médiation scientifique, qui consistent à transmettre des concepts informatiques variés et parfois complexes au travers d’activités ludiques.

C’est de ce constat qu’est né le projet FAN. Parce qu’il est physiquement impossible pour les personnels d’Inria et leurs collaborateurs de toucher directement l’ensemble des publics concernés par l’appropriation du monde numérique, l’enjeu était dans le passage à l’échelle. La solution : créer un réseau de personnes-relais qui soient au contact direct du public, et faire d’eux les premiers nœuds d’un maillage fin des territoires. Un positionnement qui a valu à FAN d’être financé à 60 % par la région Grand Est.

Rendre le numérique abordable par tous

« Pour appréhender les outils numériques du quotidien, il est essentiel de posséder des bases scientifiques en informatique », pose Erwan Kerrien, chargé de recherche Inria dans l’équipe Magrit, expert en imagerie médicale et également chargé de mission pour la médiation scientifique du centre Inria Nancy-Grand Est. C’est cette prise de conscience qui « a mené à l’introduction de la science informatique dans les programmes du collège et du lycée, et les enseignants sont en cours de formation ». Un mouvement qui va « nécessairement s’étendre aux éducateurs et éducatrices qui doivent répondre à une demande de plus en plus forte d’activités autour du numérique ».

Le pari de FAN : faire sortir la pensée informatique du stéréotype de sa dépendance à l’outil technologique. Pour « rendre le monde numérique moins impressionnant et plus accessible à tous les citoyens », les animateurs de FAN ont proposé une pratique de l’informatique… sans ordinateur. Ce qui permet de « mettre de côté les aspects technologiques pour se concentrer, par des activités très pédagogiques et ludiques, sur la science et donc les notions qui fondent la pensée informatique », explique Erwan Kerrien.

Car, comme son nom ne l’indique pas, cette pensée « ne se limite absolument pas au domaine informatique »,reprend Marie Duflot-Kremer, qui détaille :« Adapter une recette de cuisine, expliquer à une amie comment venir chez nous en tenant compte de sa position initiale et de sa connaissance des lieux […], toutes ces activités font appel à différents aspects de la pensée informatique. » Les participants ont donc pu se voir proposer des exercices ludiques, déconnectés, comme par exemple classer et ordonner des cercles de taille et de couleurs différentes, en déterminant la succession de consignes précises à exécuter dans un ordre défini pour atteindre l’objectif visé. Une série d’instructions donc, simples et non ambigües, qui peuvent être exécutées par un ordinateur.

Partir de l’existant pour le renforcer…

Le projet FAN s’est appuyé sur Class’code, un programme innovant de formation pour l’initiation à la pensée numérique soutenu par le Programme d’investissements d’avenir (PIA), porté par Inria et sous licence Creative Commons CC BY. FAN a ainsi proposé les cinq modules en ligne, de type MOOC, conçus pour Class’code par des experts en sciences du numérique, et les a accompagnés de journées thématiques en présentiel. L’occasion « d’éclairer les points d’ombre restants ou d’approfondir certains aspects », souligne Charles Thomassin, animateur des Voyageurs du Numérique, qui touchait « à la question et à la médiation sur le numérique depuis plusieurs années, mais essentiellement de façon empirique sans avoir jamais suivi de réelle formation ». FAN a été pour lui « l’occasion de structurer et d’avoir un bon apport de "théorie" en plus de la pratique ». Même écho chez Sandrine Ferster, professeur de mathématiques en collège : « J’ai tout appris sur le tas, en ‘’bidouillant’’, mes élèves ayant souvent plus de connaissances que moi. J’avais besoin de comprendre, d’aller plus loin pour leur apporter des choses nouvelles et être capable de les aider en répondant à leurs questionnements. » Au menu pour les 14 inscrits : programmation créative grâce au logiciel Scratch, manipulation de l’information, connexion au réseau, initiation à la robotique via Thymio, le petit robot développé par l’EPFL (École polytechnique fédérale de Lausanne), et enfin gestion d’un projet informatique. Pour Anne-Catherine Klarer, dirigeante d’un tiers-lieu (c’est-à-dire un espace partagé, dont l’objectif est l’émergence de projets collectifs permettant de co-créer – comme par exemple les co-working, FabLabs, HackerSpace ou bien encore les Repair’Café), ce programme complet et dense lui a permis d’élargir ses compétences « notamment sur la robotique et la programmation ». Un véritable atout puisqu’elle assure au sein de ce tiers-lieu la gestion et la formation aux outils numériques du FabLab !

… et développer des projets de médiation innovants

Chaque participant était également invité à présenter, sur la base des apprentissages de la formation, le projet de médiation qu’il souhaiterait mettre en place dans sa structure. Une expérience enrichie par l’hétérogénéité du groupe d’inscrits, qui présentait une grande diversité de profils, que ce soit en termes de niveau ou de milieux dans lesquels ils évoluent et comptent monter leur projet (Éducation nationale, éducation populaire, tiers-lieux…). Certains projets, comme celui d’Anne-Catherine, envisagent de transposer directement les compétences acquises pour mettre en place des ateliers de robotique à destination de leurs clients. D’autres, comme Charles, qui travaille pour un programme porté par Bibliothèques Sans Frontières, se sont investis pleinement dans leur futur rôle d’ambassadeur, en envisageant des projets dont le cœur est de former des animateurs. Ici, il s’agira de créer une activité déconnectée autour de la cryptologie, en prenant comme point d’entrée « son usage en littérature (Edgar Allan Poe, Jules Verne, Dan Brown...) afin d’en saisir l’idée et le fonctionnement mais aussi et surtout d’expliciter son utilisation quotidienne actuelle en informatique ». Après une mise en pratique lors d’une journée à la médiathèque de Nilvange, cette activité devrait être documentée via une série de fiches gratuites à destination des bibliothécaires, animateurs, parents d’élèves...

Une réussite ?

Même si la qualité des projets atteste la satisfaction et l’adhésion des participants qui les ont produits, au total, seuls 8 des 14 inscrits ont rendu un projet. En cause, « un investissement très fort demandé aux participants, tant en termes de travail en amont sur le suivi des MOOC de Class’code que de disponibilité en présentiel. D’autant que, du fait de la volonté de mailler le territoire, les lieux de rencontre, s’ils ont séduit par leur diversité et leur adéquation avec les thématiques de la formation, étaient distants les uns des autres, entrainant de longs temps de trajet », témoigne Véronique Poirel, chargée de médiation scientifique et coordinatrice du projet côté Inria.

FAN ne sera donc pas reconduit à l’identique, mais ses initiateurs comptent bien capitaliser sur le travail accompli. « Nous réfléchissons à des formats ‘’flash’’, éventuellement sur demande des participants, en prenant appui sur les structures qui peuvent accueillir une journée en présentiel », poursuit Véronique Poirel. Avec la volonté de continuer à mailler le territoire, car former les éducateurs, conclut Marie Duflot-Kremer, « c’est, à terme, donner des outils à tous les jeunes ou moins jeunes auprès de qui ils interviennent pour comprendre et s’approprier le monde numérique dans lequel nous évoluons. »

Auteur : Mediathena - A.A.

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